Le vieux cadenas


Le vieux cadenas
Dans un village où tout le monde se connaissait, les portes restaient ouvertes du matin au soir. On entrait chez les voisins pour rendre un service, emprunter un outil ou déposer quelques légumes du jardin. Les habitants étaient fiers de dire qu'ici, personne n'avait besoin de fermer sa porte.
Seul le vieux Marcel tournait toujours la clé avant de partir. Son lourd cadenas grinçait à chaque fois, ce qui faisait sourire les autres. Certains affirmaient qu'il cachait sûrement un trésor, d'autres qu'il ne faisait confiance à personne. Lui se contentait de sourire sans jamais chercher à se justifier.
Un automne, plusieurs cambriolages eurent lieu dans les villages voisins. En quelques jours, tout le monde se précipita pour acheter des serrures, des verrous et même des alarmes. On voyait des artisans courir d'une maison à l'autre tant les demandes étaient nombreuses.
Le vieux Marcel, lui, ne changea rien à ses habitudes.
Un voisin finit par lui demander s'il avait pressenti ce qui allait arriver.
— Pas du tout, répondit-il. Je n'ai jamais fermé ma porte parce que je pensais les autres malhonnêtes. Je l'ai toujours fermée parce qu'une porte est faite pour être fermée quand on s'absente.
Les voisins restèrent silencieux. Ils comprirent qu'ils avaient confondu la prudence avec la méfiance, alors que l'une n'empêche pas l'autre.
Morale : La prudence ne naît pas du manque de confiance, mais du bon sens.
