Les fleurs du mal


Les fleurs du mal
— Monsieur Aubrac, bonjour. Quelles fleurs vous faut-il aujourd’hui ?
— Il me faudrait des roses pour une charmante personne.
— Carrément des roses, aujourd’hui ? C’est une nouvelle conquête ?
— Non, pour une fois, c’est une ancienne. Mais on s’est quittés fâchés, il faut que je la reconquiers.
— Vous ne changerez jamais, dit Rose en riant. Mais au moins, vous êtes galant.
— Vous dites ça mais vous n’avez jamais accepté mes invitations.
— C’est normal, vous ne pouviez pas m’envoyer de fleurs puisque c’est moi qui les vends !
— Vous auriez dû faire un autre métier.
— Avec un prénom pareil ? Ç’aurait été dommage.
— Effectivement… Mais, chut, voilà ma voisine, elle va encore médire.
Elle tendit le bouquet au monsieur et accueillait déjà la nouvelle cliente.
— Bonjour Madame.
— Bonjour, il me faudrait un bouquet pour un anniversaire.
Germain arriva à ce moment-là.
— Il y a d’autres livraisons ?
— Non, rien pour l’instant. Tu peux rester au magasin.
Une fois la cliente partie, il lui dit :
— C’est calme notre petite affaire en ce moment, tu ne trouves pas ?
— Tu as raison. Il faudrait peut-être qu’on se développe.
— On n’a pas les moyens de s’agrandir. Et puis, si on manque de clients, ce n’est pas en s’agrandissant qu’on va s’enrichir.
— Non, j’ai une autre idée.
— Vas-y, raconte.
— On pourrait créer un site internet. On se ferait connaître en ville. Je préparerais les bouquets, tu ferais les livraisons.
— C’est une bonne idée. Et faisable avec peu d’investissement. Tu vois ça comment ?
Rose et Germain passèrent la soirée à mettre le plan du site en place sur le papier. Puis, plusieurs jours furent nécessaires pour que le site voie le jour.
Entre chaque client et chaque livraison, ils se retrouvaient dans l’arrière boutique pour travailler sur l’ordinateur.
À un retour de livraison, Germain croisa M. Aubrac qui sortait de la boutique.
— Il achète des fleurs pour qui cette fois ?
— Une nouvelle conquête, la dernière lui a filé entre les doigts. Et encore une fois, il m’a lancé une invitation.
— Et comme à chaque fois, tu as refusé. Moi, j’aimerais bien qu’il m’invite.
— Je te le laisse ! C’est un charognard.
— Je n’aurais rien contre…
— J’ai entendu la cloche, va voir qui c’est au lieu de dire des bêtises.
Germain servit quelques clients et retourna à l’arrière de la boutique.
— Sans rire, quand vas-tu te décider à fréquenter quelqu’un ?
Rose baissa la tête sans répondre.
Comme chaque soir, Rose préparait le repas en écoutant de la musique. Mais ce soir-là était un peu particulier : elle avait invité Germain pour fêter le lancement de leur site. Ils trinquèrent.
— À notre site !
— À notre future réussite ! ajouta Germain. Demain tu bosses toute seule à la boutique, moi je vais distribuer les flyers en ville. Je vais en mettre aussi à la nouvelle société qui s’est installée à l’entrée de la ville.
— C’est une société qui fait quoi ?
— Je ne sais pas trop, mais il y a beaucoup de voitures sur leur parking. C’est une grosse boite avec plein de clients potentiels.
— J’espère que tu as raison. J’aimerais que notre association dure le plus longtemps possible, on s’entend bien.
— Mais bien sûr ma p’tite chérie, on ne va jamais se quitter. Par contre, je trouve que tu ne me racontes plus grand-chose ces derniers temps.
— Je te raconte les potins de la boutique et ce n’est pas ça qui manque. Tiens, le monsieur de la maison de retraite est revenu. Il a encore acheté un bouquet pour son premier amour.
— Oui il me fait rire celui-là, mais il me rend triste aussi. On sait très bien que son premier amour ne viendra jamais. Mais tu changes de sujet, là. Raconte-moi ce qui se passe dans ta vie en ce moment.
— Tu vas être déçu. C’est le calme plat.
— Ça fait un an que ton ex est parti, il serait temps de tirer un trait sur cette histoire.
— Comment veux-tu que j’aie envie de trouver quelqu’un ? Les hommes sont tous les mêmes. Ils ne veulent pas s’engager, ils ne sont pas galants, ils courent après tout ce qui bouge.
— Ne généralise pas. On travaille quand même dans un endroit qui montre qu’il y en a qui sont tendres, attentifs et galants.
— Eh oui, et ceux-là ils sont pris.
Au contact de ses clients, Rose reprenait vie. Hormis la demande de bouquets pour les enterrements, les autres étaient presque toujours joyeuses. Bien sûr, il y avait certains cas à part comme le monsieur de la maison de retraite.
Il venait de loin en loin avec toujours la même histoire.
— Bonjour, il me faudrait un très beau bouquet, s’il vous plaît.
— Quelles fleurs désirez-vous ?
— Les plus belles que vous ayez, je vais enfin retrouver mon premier amour.
— C’est une très belle histoire.
— Oui, nous nous aimions lorsque nous étions jeunes. Ensuite on s’est perdus de vue. Et là, elle revient.
La plupart des gens venaient avec le sourire et certaines histoires la touchaient plus que d’autres.
— Bonjour Mademoiselle, j’aurais besoin d’un bouquet pour ma femme.
— C’est une très belle attention. C’est un bouquet d’anniversaire qu’il vous faut ?
— Non, c’est un bouquet de réconciliation. Je sens bien qu’elle s’éloigne, il faut que je lui montre mon attachement. Il me serait intolérable de la perdre.
— Dans ce cas, effectivement, vous auriez intérêt à lui offrir ses fleurs préférées.
— J’avoue que je ne les connais pas. Je ne sais pas quoi faire. Donnez-moi votre avis.
— Commencez par quelque chose de simple, comme des tulipes. Vous lui direz que c’est la saison et en profiterez pour la questionner sur ses fleurs préférées.
— Merci Mademoiselle, je vous dirai comment ça s’est passé pour qu’on avise pour le prochain bouquet.
En fin de journée, Germain arriva tout essoufflé.
— J’ai écumé toute la ville. Si on ne nous connaît pas d’ici la fin de la semaine, je ne m’appelle plus Germain.
Les semaines passaient, un premier client passa une commande, puis un deuxième.
— Ça commence à prendre, dit Germain.
— Oui, il faudra encore un peu de temps, mais je crois qu’on tient le bon bout.
Rose et Germain avaient installé sur leur site une case qui permettait au client d’inclure un message dans le bouquet. Et finalement, ils avaient l’impression que c’est ce qui déclenchait le plus de ventes. Le client n’avait plus besoin de leur dicter, il restait caché derrière son écran. Ça faisait toute la différence.
Rose préparait les commandes avant l’ouverture de la boutique, Germain préparait les factures et chargeait la camionnette.
— Viens voir Rose, dit-il en la tirant par la manche.
— Attends, j’ai beaucoup de travail.
— Viens, je t’assure que ça vaut le coup d’œil.
Elle suivit Germain jusqu’à l’ordinateur. Une page était ouverte sur une commande.
— Oh, c’est un très beau bouquet, ça. Mais si tu me fais venir, c’est que c’est autre chose que tu veux me montrer.
— Oui, regarde le nom et l’adresse de livraison.
Rose tomba assise sur la chaise.
— Qu’est-ce que c’est que ça ? Pourquoi on m’enverrait des fleurs ?
— Parce que tu es la plus jolie fleuriste de la ville.
— Arrête ton char, Mironton. Montre-moi plutôt l’expéditeur.
— Établissements Desanges, rue du Vieux Manoir.
— Je ne sais pas qui c’est, dit Rose.
— C’est la société qui s’est implantée aux abords de la ville. Tu sais, celle où j’ai distribué des flyers.
— Oui, je me souviens, mais je n’y ai jamais mis les pieds et je n’y connais personne.
— Faut croire que non. Fais-lui son bouquet et je te l’offrirai en son nom. Mais attends, il y a une carte à éditer.
— Fais voir.
— File ouvrir la boutique, tu connaîtras le message quand tu recevras le bouquet.
Il y avait du monde, ce matin-là. Rose passait d’un client à l’autre sans s’arrêter. Mais dès qu’un client disait : “Vous pouvez livrer le bouquet ?“, elle s’arrêtait un instant et repensait au bouquet qu’elle-même allait recevoir.
— Oups, je me suis trompée de carte, excusez-moi.
Elle vit arriver le monsieur qui voulait reconquérir sa femme.
— Bonjour Monsieur, je suis impatiente de connaître la réaction de votre femme. Si ce n’est pas trop indiscret, bien sûr.
— Bonjour Mademoiselle. Non, je vous ai mis dans la confidence depuis le début et je pense que vous êtes de bon conseil.
— Alors ?
— Elle a adoré le bouquet. Et tenez-vous bien, elle a ajouté qu’elle aimait les tulipes.
— Ouf, j’ai visé juste. Et pour le prochain bouquet, quelles sont ses fleurs préférées ?
— Ben, j’en ai déduit que c’était les tulipes…
— Loin de moi l’idée de vous contredire. Les femmes aiment les fleurs, mais il y en a toujours une qui sort du lot. Et dans le cas de votre femme, il y aurait fort à parier que ce ne sont pas les tulipes. Je pense qu’elle a surtout apprécié votre geste.
— Quel idiot je fais !
— Mais non, ne dites pas ça. Votre geste était un premier pas.
— Vous avez raison. Je m’en remets à vous pour le prochain bouquet.
Germain arriva au moment où Rose fermait la boutique pour la pause de midi.
— Je t’ai guetté toute la matinée, dit-elle.
— Je m’en doutais. Tu es impatiente de savoir ce que t’a écrit ton admirateur.
— Pourquoi ce serait un admirateur. C’est certainement un simple geste de remerciement.
— Et bien, tu risques d’être déçue dans ce cas.
— Germain, tu me fatigues à vouloir me trouver à tout prix un amoureux. Amène-moi ce bouquet.
Elle le prit et décrocha sans attendre la carte qui y était attachée. Elle lut : “Tu n’as pas changé“.
Elle remonta chez elle pour le déjeuner. Elle installa le bouquet dans un joli vase qu’elle mit en évidence. Elle s’assit devant, le menton posé sur ses poings. Les questions tournaient dans sa tête.
— Stop, il ne faut plus que j’y pense, la réponse est sans doute là où je ne l’attends pas. On verra plus tard, dit-elle à voix haute.
Quand elle redescendit à la boutique, il y avait déjà une cliente qui l’attendait devant la porte.
— Bonjour. Vous m’avez livré un bouquet.
— Oui ? Il y a un souci ?
— Oui, il y en a un gros. C’est mon mari qui m’a envoyé le bouquet.
— Et c’est un souci ?
— Oui, parce qu’il me quitte par un mot qui était accroché au bouquet.
— J’en suis désolée, mais en quoi puis-je vous être utile ?
La femme se mit à pleurer si fort que Rose ne comprenait plus aucune de ses paroles.
— Venez vous asseoir. Tenez, prenez un mouchoir.
— Merci.
— Prenez votre temps, je ne suis pas pressée.
La femme essuya ses yeux et reprit :
— Mon mari est décédé. Je l’enterre dans deux jours.
— Je vous présente mes condoléances.
— Le bouquet est arrivé ce matin…
— Il avait prévu de vous quitter avant de mourir, c’est ça ?
— Oui, je pense qu’il a programmé l’envoi du bouquet et de la carte pour aujourd’hui parce qu’il devait partir en voyage d’affaires. Seulement voilà, il s’est fait renverser par un camion. Pouvez-vous me dire à quelle date vous avez eu cette commande ?
— Je ne donne jamais de renseignements sur mes clients, mais je crois que dans ce cas-là, je peux aller vérifier.
Elle alla chercher l’ordinateur qui était encore ouvert aux pages des commandes.
— La commande a été passée le premier du mois avec une demande spéciale : la livrer le 13, donc aujourd’hui.
Le visage de la cliente se ferma immédiatement. Elle dit :
— Trouvez-moi des roses noires pour son enterrement, c’est tout ce qu’il mérite.
Deux jours plus tard, Germain livra la couronne de roses noires. Il avait reçu pour consigne d’y mettre un ruban avec pour message : “L’enfer sera plus doux que ma colère.“
— La vache, celle-là, elle ne plaisante pas, dit Germain à Rose en revenant de sa livraison.
— Tu as vu la cliente ?
— Oui, tiens-toi bien, elle était habillée en rouge !
— Ouah ! Des fois, ce métier est des plus bizarres…
La clochette tinta.
— Tiens, voilà notre amoureux de la maison de retraite...
Le lendemain, Rose reçut un nouveau bouquet. Cette fois le message disait : “Je ne t’ai jamais oubliée“.
— Ah ! Ne me dit pas que tu n’as pas un admirateur, dit Germain.
— Qui te dit que c’est un homme ? C’est peut-être une femme que j’ai connue pendant mon enfance.
— N’importe quoi. Si c’était le cas, elle serait directement venue te voir. Qui d’autre qu’un amoureux transis peut avoir ce comportement ?
— Mais c’est idiot. Ce serait bien plus simple de venir me voir.
— Certainement. Mais avoue que c’est quand même bien plus romantique d’envoyer des fleurs.
— Romantique, oui. Mais sans savoir qui c’est, je n’en vois pas l’intérêt.
— Rabat-joie ! Vois le bon côté des choses. Je te revois sourire depuis le premier bouquet.
— Non, pas du tout.
— Si. Tu sais ce que je vois, moi ? Tu guettes le bonheur…
Chaque semaine, le mari amoureux revenait chercher des fleurs pour sa femme.
— On fait encore un bouquet de roses ou on change aujourd’hui ? lui demanda Rose.
— Je crois qu’il faudrait un bouquet plus gros que tous les autres.
— Vous fêtez un événement ?
— Non, mais j’ai l’impression que malgré mes fleurs, je continue de la perdre.
— Vous savez, les fleurs, ça fait plaisir, mais elles n’ont que ce pouvoir…
Les bouquets et les messages se succédaient, mais les courtes phrases n’apportaient pas de réponse.
Rose en prit son parti. Mais à chaque bouquet, elle ouvrait une petite boîte qu’elle avait elle-même décorée et y rangeait soigneusement les cartes.
— Germain avait raison, se dit-elle, il faut que je voie le bon côté des choses.
Alors, chaque semaine, elle se mit à attendre son bouquet.
Le septième message l’intrigua plus que les autres : “J’aimais beaucoup le petit grain de beauté que tu as derrière l’oreille“.
Bien sûr, Germain y alla de son commentaire.
— Tu ne vas pas oser me dire après ça que ce n’est pas un amoureux ?
— Je ne vais pas te le dire, non, mais je n’en ai pas encore la preuve.
— Et il te faudrait quoi de plus ?
— Que le message en dise plus ou que la personne qui m’envoie les bouquets se manifeste.
— Pourquoi être tellement pressée ? Rappelle-toi que tu vis certainement la plus belle partie de cette histoire en ce moment même.
— Germain, tu es un incorrigible romantique. Mais tu n’as pas tort.
— Je sais… Mais voilà M. Aubrac. Tu me le laisses aujourd’hui ?
— Ne va pas le faire fuir avec tes sourires trop appuyés.
— Laisse-moi rêver aussi un peu.
Il alla au comptoir et fit son plus beau sourire.
— M. Aubrac, bonjour. On charme qui aujourd’hui ?
Une femme entra dans la boutique et demanda à parler à Rose.
— Rose, quelqu’un pour toi !
— Bonjour Madame, vous vouliez me voir ?
— Si c’est bien vous, Rose, oui, je voudrais vous parler.
— Je vous écoute.
— On peut se mettre à l’écart ?
Rose entraina la femme à l’arrière de la boutique.
— Vous vendez des fleurs à mon mari chaque semaine.
— C’est possible. Qui est votre mari ?
— Celui à qui vous faîtes un bouquet plus beau et plus gros à chacune de ses venues.
— Je crois voir de qui vous parlez, le monsieur qui a acheté des tulipes la première fois ? Et qui achète le plus souvent des bouquets de roses ?
— C’est ça.
Une fois la cliente partie, Germain arriva tout sourire dans l’arrière boutique.
— J’adore cet homme, il est tellement charmant ! Mais ma Rose, qu’est-ce que tu as ? Tu as ta tête des mauvais jours.
— C’est la femme qui est venue…
— Elle voulait quoi ?
— Son mari lui achète des fleurs pour lui montrer qu’il tient à elle. Il m’a dit qu’il la sentait s’éloigner.
— Oui ? Et ?
— Et elle ne sait pas comment lui dire qu’aucun bouquet ne la fera rester.
— Ouah ! Celle-là, je ne l’ai pas vue venir. Elle te demande de faire quoi ?
— Elle aimerait que je le dise à son mari, mais j’ai refusé, ce n’est pas mon rôle.
— Tu as bien fait. Tu fais quoi alors ?
— Je viens de faire une chose horrible.
— À ce point ?
— Je lui ai vendu un bouquet avec un message. Il faudra que je le remette à son mari quand il reviendra.
— Et le message dit quoi ?
— D’après toi ?
Cette semaine-ci, Rose ne reçut pas de bouquet pour la première fois. Germain, qui guettait l’arrivée de ces commandes-là autant qu’elle, essaya de la rassurer.
— C’est juste un oubli, ou alors il a trop de travail.
— Arrête de spéculer. Et puis ça n’a aucune importance.
— Menteuse, je vois bien ta tête.
La semaine suivante, il n’y en eut pas non plus.
— Je crois qu’il va falloir se mettre à l’évidence que le conte de fées est peut-être fini, dit Germain.
Une cliente interrompit leurs constatations.
— Bonjour, je viens vous régler une facture de M. Lebon.
— Ah, oui, le monsieur de la maison de retraite. Il a eu un empêchement ?
— Un empêchement définitif, oui.
Rose retourna à l’arrière boutique.
— C’est la journée…
— La journée de quoi ? demanda Germain.
— La journée des mauvaises nouvelles. Ce matin, le mari à qui je devais remettre un bouquet et un message est passé. Et là, on m’annonce que M. Lebon ne reviendra plus.
— Tiens revoilà M. Aubrac, je m’en occupe le temps que tu reprennes tes esprits.
— Merci, Germain.
Le téléphone sonna.
— Les fleurs de Rose, bonjour.
— Bonjour, je voudrais vous commander une couronne mortuaire.
— Je vous présente mes condoléances. Quel genre de fleurs voulez-vous ?
— Quelque chose d’assez simple, mais qui montre à quel point il nous manque. Et il faudrait ajouter un ruban avec écrit dessus : À Gilbert, notre fils bien-aimé.
— À quel nom je dois mettre la commande ?
— Au nom des Établissements Desanges.
Rose laissa échapper son téléphone.
Gilbert Desanges… C'était lui… L’amoureux de ses quinze ans…
Germain revint à ce moment-là et entendit Rose murmurer :
— Je vais rebaptiser la boutique… Les fleurs du mal.
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